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Les
organisations signataires de la lettre ouverte :
Action
Consommation
Action
Information écologie 17
Adéquations
Agir
ici
Agir
pour l'Environnement
Association
de Formation et d'Information pour le Développement d'Initiatives
Rurales (AFIP)
Agronomes
et Vétérinaires sans Frontières
A
l'Ecoute de la Nature
Amis
de la Terre
Association
Europe Ecologie
Association
pour un Contrat Mondial de l'Eau (ACME)
Association
pour la Taxation des Transactions pour l'Aide aux Citoyens (ATTAC)
Centre
d'Actions et de Réalisations internationales (CARI)
Chrétiens
en Monde Rural (CMR)
Collectif
de l'Ethique dans le Sucre
Collectif
Saône Doubs Vivant
Comité
Français pour la Solidarité Internationale (CFSI)
Confédération
Paysanne
Confédération
Syndicale des Familles
Coordination
Sud (Solidarité, urgence & développement ONG France)
4D
- Dossiers et Débats pour le Développement Durable
Doubs
Nature Environnement
Fédération
Artisans du Monde
Fédération
Nationale de l'Agriculture Biologique (FNAB)
Fédération
Nationale des CIVAM
Franche
Comté Nature Environnement
Greenpeace
Groupe
de Recherche et d'Echanges Technologiques (GRET)
INDECOSA
- CGT
Association
Léo Lagrange pour la Défense des Consommateurs
Max
Havelaar France
Mouvement
National de Lutte pour l'Environnement (MNLE)
Mouvement
Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC)
Mouvement
pour les droits et le respect des générations futures
(MDRGF)
Réseau
Action Climat France (RAC-F)
Réseau
Foi et Justice Afrique Europe
Réseau
Agriculture Durable (RAD)
Réseau
Cohérence
Solidarité
Union
Féminine Civique et Sociale (UFCS)
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Paris
le 22 février 2005
Monsieur le Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
Monsieur
le Président,
Connaissant votre intérêt et vos nombreuses initiatives
au niveau national et international en matière d'agriculture,
de protection de l'environnement, de santé et de solidarité
avec les pays pauvres, les organisations de la société
civile signataires du présent courrier souhaitent vous faire
part de leurs interrogations à l'occasion des débats
en cours sur la Loi de Modernisation Agricole.
Nos
organisations, leurs groupes locaux en régions et leurs partenaires
ou structures fédératives au niveau international
sont investis dans des enjeux cruciaux : le maintien des emplois
agricoles et l'aménagement durable des territoires ; la protection
des ressources environnementales et de la biodiversité ;
la santé et l'accès de tous les consommateurs à
une alimentation de qualité ; la solidarité avec les
citoyens des pays du Sud.
Agissant
dans ces domaines complémentaires, nous constatons que la
majeure partie des problèmes rencontrés (pauvreté
et inégalités sociales en milieu agricole, pollutions,
dérèglements climatiques, dégradation de la
qualité des eaux et des sols, érosion de la biodiversité,
problèmes sanitaires, faim et obésité
)
ont les mêmes causes : le modèle actuel agro-industriel
non durable sur le plan social, écologique, sanitaire et
économique.
Nous
nous posons donc la question de la cohérence entre le projet
de Loi de Modernisation et les autres politiques globales ou sectorielles
: la Stratégie Nationale de Développement Durable,
celle sur la Biodiversité, la politique de coopération
avec les pays du Sud, notamment les Objectifs du Millénaire
pour le développement, le Plan Climat, le Plan Santé
Environnement, le Programme National Nutrition Santé
Nous illustrons
notre propos avec quelques exemples :
o La
sauvegarde des agricultures familiales dans les pays en développement
: deux milliards de paysans voient leur activité menacée
à cause de l'ouverture des marchés, de la baisse des
prix et de la concurrence des productions industrielles. Vous avez
appelé, le 4 février à Dakar, à la suppression
de toutes les aides à l'exportation vers les pays pauvres
et à la reconnaissance de la souveraineté alimentaire.
Est-ce compatible avec le fait que les aides directes bénéficient
aussi aux produits exportés et avec un soutien accru à
la filière agro-industrielle et à ses crédits
à l'exportation ?
o La
préservation des emplois et des agricultures durables en
France et dans l'Union européenne : en lien avec la baisse
de la protection communautaire et la mondialisation des marchés,
plus de 120 000 exploitations disparaissent chaque année
en Europe et les principales productions sont de plus en plus concentrées
géographiquement. Comment l'UE pourra-t-elle répondre
à la demande de ses marchés locaux et mettre en place
des mécanismes de soutien à des pratiques réellement
respectueuses de l'environnement, en particulier l'agriculture biologique,
sans assurer le maintien d'exploitations nombreuses et diversifiées
bénéficiant de prix stables et rémunérateurs
?
o La
santé : les pesticides sont disséminés dans
l'ensemble des écosystèmes. La majorité des
fruits, légumes et céréales de l'UE sont contaminés
ainsi qu'en France la quasi totalité des eaux. Le nombre
de cancers augmente, alourdissant les dépenses de santé
publique ; l'introduction des OGM et des plantes à pesticides
font courir des risques supplémentaires
Peut-on à
la fois mettre en place une politique de prévention des maladies,
communiquer sur l'importance d'une alimentation saine et développer
un modèle agricole industriel basé sur l'utilisation
d'intrants chimiques et d'aliments appauvris en micro-nutriments
?
o La
consommation et les circuits de distribution : les consommateurs
sont de plus en plus demandeurs de produits frais, sains, de proximité,
dont la production pourrait créer des emplois. Des associations
développent des circuits courts d'approvisionnement pour
soutenir des paysans engagés dans des démarches de
qualité.
Peut-on répondre à cette demande sociétale
en laissant les industriels agro-alimentaires et la grande distribution
faire pression sur les producteurs pour des prix toujours plus bas,
tout en réalisant des marges excessives ?
o La
protection des écosystèmes et de la biodiversité
: l'agriculture productiviste, utilisant des produits toxiques et
conduisant à l'uniformisation des milieux, dégrade
les écosystèmes, ce qui accélère l'érosion
de la biodiversité ; par exemple, jusqu'à 75 % des
espèces d'oiseaux liés aux espaces agricoles sont
menacés en Europe.
Peut-on
atteindre les objectifs de la Convention sur la Biodiversité
et de sa traduction en directive européenne alors que la concentration
des cultures et des élevages s'accélère ?
o La
lutte contre le changement climatique : en France, l'agriculture
dépense en consommation directe ou indirecte 3 à 400
litres d'équivalent fuel par hectare et produit 19 % des
émissions de gaz à effet de serre. En Europe comme
dans les pays du Sud, les déséquilibres climatiques
ont déjà un impact sur certaines cultures (baisse
de rendements, sécheresse
). Comment la France et l'UE
atteindront-elles les objectifs du Protocole de Kyoto sans miser
sur une agriculture qui diminue ses émissions de GES (réduction
des intrants et des consommations énergétiques, circuits
courts de commercialisation, méthodes de cultures séquestrant
le carbone) ?
Face
à ces enjeux, nous craignons que la Loi de Modernisation
Agricole - dont le processus préparatoire, précipité,
ne paraît pas permettre un large débat public - ait
comme objectif de poursuivre l'adaptation de la réglementation
française à la réforme de la PAC de juin 2003,
elle-même conçue pour mettre l'agriculture européenne
en conformité avec les impératifs d'ouverture des
marchés de l'Organisation Mondiale du Commerce.
Or
il ne sera possible de rendre accessible une nourriture saine à
tous, de sauver les espèces animales et végétales,
de lutter contre les dérèglements climatiques, de
préserver les équilibres territoriaux et les diversités
culturelles qu'en sauvegardant aussi l'agriculture paysanne en Europe
et dans le reste du monde.
Nos
organisations de consommateurs, de paysans, d'environnementalistes,
de solidarité internationale sont, depuis des années,
engagées quotidiennement dans la promotion et l'application
de principes qui figurent dans le projet de loi constitutionnelle
de la Charte de l'environnement, élaborée sous votre
égide. Avec vous, nous estimons que " chacun a le droit
de vivre dans un environnement équilibré et respectueux
de la santé (art 1) ", que " toute personne a le
devoir de prendre part à la préservation et à
l'amélioration de l'environnement (art 2) ", que "les
politiques publiques doivent promouvoir un développement
durable (art 16) " et enfin que ces principes doivent inspirer
"l'action européenne et internationale de la France
(art 10) ". Le choix d'une agriculture durable et solidaire
aura un impact déterminant pour faire vivre ces principes.
Les
représentants des différentes familles associatives
signataires souhaitent vous rencontrer à ce sujet.
Veuillez
recevoir, Monsieur le Président, l'expression de notre haute
considération.
Les
39 organisations signataires
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